BACK IN ALASKA PAR MATHIEU DETRIE

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8 ans après, me voila de retour dans le massif du Dénali, plus précisément au milieu du Ruth Glacier.
 
Mais cette fois-ci, ce n’est plus en tant que jeune du Groupe Excellence de la FFCAM que je suis là, mais bien en tant que « coach » de cette même équipe.
Quand on atterrit sur ce glacier, je mesure le chemin parcouru et la chance que j’ai d’être là, entouré des jeunes et des 2 autres coachs, bien plus expérimentés mais tellement bienveillants, Fred « titi » Gentet et Christophe « Moulinos »!
 
Bien que le temps ait passé, ces montagnes, toujours aussi belles, majestueuses et impressionnantes exercent sur moi la même attirance qu’auparavant!
Dickey, Bradley, Wake, Johnson, Grosvenor, Church et Moose Tooth, que des faces entre 1200m et 1600m, qui s’alignent face à nous.

Très vite, les réflexes reviennent et tout le monde s’active. Il faut installer la tente messe, les tentes, construire un « frigo », le coin « toilette", … Bref s’organiser au mieux pour passer une petite vingtaine de jours sur ce glacier.

Les premiers jours sont consacrés à la prise d’information au sujet des conditions. On se ballade au gré des projets des différents groupes, on essaie de prendre le maximum d’informations sur les lignes, les descentes, …
Chaque groupe est constitué d’un coach et de 3 jeunes. Avec Camille, Vincent et Benjamin, nous nous arrêtons sur une ligne en face nord du Bradley, une montagne magnifique et impressionnante.
Nous comprenons rapidement, au vu de l’évolution de la météo, qu’il va falloir être opportuniste et attraper le moindre créneau, pour pouvoir espérer monter sur une de ces belles montagnes!

 

Pour nous imprégner et découvrir ce style de grimpe typique d’Alaska, nous profitons d’une belle journée pour réaliser une goulotte « norvégienne », sur un sommet secondaire, mais qui fait tout de même 800m! Décidément, il va falloir s’habituer à la taille de ces montagnes!!!

Une reconnaissance plus précise nous amène à renoncer à notre projet initial car les conditions ne nous semblent pas réunies.
A l’approche d’un créneau, il faut se réorganiser et trouver un nouveau projet. C’est un peu ça la complexité et la richesse des expéditions dont les mots clefs sont opportunisme et adaptation.
 
 
La face nord du Rooster Comb, haute de 1200 m, rayée par une goulotte magnifique, était un projet que l’on gardait dans nos têtes. Celle-ci fut ouverte par Colton et Leech en 3 jours de 1981, une réalisation impressionnante à l’époque, qui n’a toujours pas connu des wagons de répétitions. Nous décidons de tenter le coup et d’aller voir. 4h de ski avec les pulkas nous déposent au pied de cette face, encerclée de séracs et de corniches, toutes plus grandes les unes que les autres.
 
Levé minuit et départ dans la foulée. On ne traine pas dans cette approche bien exposée aux chutes de séracs. La première longueur n’est pas en condition facile, de la neige inconsistante recouvre des dalles de rocher. Pas de glace en vue, on espère que ça ne va pas durer…
 
 
On entre ensuite dans la goulotte proprement dite, les longueurs de glace et de neige « couic » défilent, on prend notre rythme et on avance régulièrement. On n’a pas de topo et on découvre au fur à mesure les longueurs, c’est réellement excitant. La dernière partie, avec une longueur d’artif et quelques bouchons de neige, nous posera le plus de problème. Il est déjà 20h quand nous débouchons au sommet de la goulotte. Il neigeote depuis un moment et le sommet est encore à 200 m environ. C’est du terrain facile mais la décision est prise de redescendre pour ne pas se retrouver pris au piège sous la neige dans cet entonnoir géant! Nous descendons sous les spindrifts mais certains ressemblent plus à de petites avalanches… Tout se passe finalement bien et c’est à 1h du matin, soit 24h après l’avoir quittée que nous retrouvons la tente.
 
De retour au camp de base, les journées de repos sont rythmées par la confection de pancakes et d’omelettes géantes bacon/fromage, pour reprendre des forces! Il nous reste encore un peu de temps pour tenter un autre projet. Comme l’on a déjà assuré notre voyage avec cette belle voie, nous décidons de nous lancer dans un projet bien aléatoire, repéré par Tof, au cours de leur précédente sortie. Il s’agit d’une ouverture, une ligne évidente dans la muraille Nord du Church, le dernier sommet qui ferme le temple de Ruth glacier.
 
 
 
Le créneau est là, c’est surement le dernier avant une perturbation annoncée qui semble compromettre la fin de notre séjour sur le glacier. Même stratégie, nous décidons de bivouaquer au pied, pour avoir le loisir d’observer la ligne et d’adapter notre plan d'attaque. Ce sont ces discussions avec les jeunes qui sont si enrichissantes et qui nous font comprendre que notre approche doit être différente de ce que l’on fait dans les Alpes.
 
Levé encore à minuit, ça pique! Seulement, c’est sous les chants et les cris du groupe de TOF,  qui grimpe depuis 20h, que nous déjeunons. En effet, ils sont dans une voie bien difficile juste au dessus de notre bivouac et ils sont déchainés! Nous sourions à ce spectacle surréaliste.
La première pente est vite remontée et nous attaquons les premières difficultés. Là encore, point de glace, mais des bouchons de neiges en pagaille. Dès que c’est raide, nous trouvons une neige inconsistante. Pour avancer, il faut entièrement nettoyer et enlever cette neige pour trouver des ancrages et d’improbables protections. Chaque longueur nous prend une énergie et un temps considérables. Nous sommes bien contents de grimper avec un leader et 3 seconds, chacun aura le plaisir de se mettre au taquet et de finir trempé! Chaque relais est une petite victoire, qui nous rapproche du sommet. Nous sortons des difficultés à 15h, et nous laissons éclater notre joie, c’est à notre tour de chanter et hurler! Il nous reste 700m de pentes de neiges et de ressauts mixtes mais, maintenant, nous avons la certitude d’atteindre le sommet!
A 20h, nous sommes tout les 4 sur la corniche, plus rien au dessus de nous! c’est un superbe moment que nous savourons a sa juste valeur, nous savons que ces moments sont rares dans une vie d’alpiniste. La descente, cette fois-ci, est plutôt facile et rapide, et, à à 23h, nous arrivons à notre tente, fatigués mais heureux.
 
 
 
 
 
 
Le lendemain est une journée magique. Tout les groupes ont réalisé leurs objectifs et, malgré la fatigue palpable, tout le monde savoure, raconte et revit ces moments intenses.
 
La suite du voyage se déroule toujours de la meilleure des manières, avec des fous rires, des repas gargantuesques, des parties de foot interminables, des bivouacs au bord de l’eau et même une sortie de kayak au milieu des glaciers. L’Alaska, c’est « AWESOME »!!!
Un grand merci à Christophe et Titi pour leur bienveillance et leurs conseils et aux jeunes, pour leur bonne humeur et leur enthousiasme communicatif.
Un grand merci aussi à toute l’équipe Simond pour leur soutien.
 
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