Retour sur l'expédition du GMHM en Antarctique par Antoine Bletton

Il est des lieux qui font fantasmer l’imaginaire collectif. Un voyage sur la lune en serait la frontière la plus inaccessible. En restant dans le domaine terrestre, l’endroit le plus loin, le plus inhospitalier, le moins accessible apparaît comme étant l’antarctique. Toute une série de questions nous vient alors à l’esprit.

Qu’est ce que l’Antarctique ? 

Appelé continent blanc et situé autour du pôle sud, c’est l’endroit le plus froid, le plus sec et le plus venteux sur terre. Ce continent est recouvert à 98% par une épaisse couche de glace.

Comment se rendre en antarctique ?

Par les points les plus australs de la Terre. Afrique du sud, Australie, ou pour notre cas par l’Amérique du sud. On peut prendre le bateau, mais plus classiquement un avion spécial.

Pourquoi faire une expédition en Antarctique ?

Imaginez un massif vierge de toutes ascensions. Rajoutez à cela, une complexité d’accès et un isolement certain. Vous obtenez le terrain de jeu parfait pour une expédition du Groupe Militaire de Haute Montagne.

Le massif en question se nome « Pirrit Hills » et est situé à 200 km de la base d’Union Glacier. Sur un diamètre d’une vingtaine de km des montagnes granitiques s’élèvent pratiquement 1000m au dessus de la banquise. Autour de ça, il n’y a rien à part la neige, la glace et le vent…

Les seules personnes a avoir posé leurs crampons et Moonboots dans les parages sont des géologues curieux. Ils ont grimpés, par des voies d’accès faciles en face Sud, les 2 plus hautes montagnes du massif (Mont Tidd et Mont Godwin). Tout le reste et notamment les versants nord sont complètement vierges de toute traces.

Une photo lointaine et les cartes satellites nous laissent présager de belles aventures. Il n’en fallait pas plus pour éveiller la curiosité du GMHM.

Les bornes du projets sont assez ouvertes : Piliers rocheux, goulotte de glace, ski alpinisme, paralpinisme et ski aérotracté.

Tous nos jouets de grands enfants gâtés (sales gosses étant déjà utilisé) sont empaquetés dans les sacs d’expédition et nous décollons le 6 janvier pour l’extrême sud du Chili. De Punta Arenas, le mythique avion Russe « ILYUSHIN 76 TD » nous transporte, avec notre tonne et demi de matériel vers le camping polaire de Union Glacier. Ce camp de base au confort amélioré est géré par la société ALE et sert de point de départ pour les expéditions plus classiques vers le pôle Sud ou le Mont Vinson (plus haut sommet du continent Antarctique). Un dernier jeu de tétris géant, pour faire entrer les hommes et les charges dans le plus petit et plus maniable « Twin Otter  DHC-6 », et nous voilà en route pour l’aventure. Le vol vers les Pirrit Hills est fantastique. Les 200 km sont avalés en 1H30. Cette chaine de montagne se dévoile puis grandit devant nos yeux ébahis, démultipliant par l’occasion nos envies d’ascension.

Un coin au pied des faces nord du TIDD et GODWIN nous semble un peu moins venté que le reste. Situé à 1250m d’altitude, ce sera parfait pour un camp de base. Les tentes  mess, toilette, matos et grimpeurs  sont vites montées. Il faut cependant  tout amarrer fortement et enterrer à demi les fameux bidons bleus.

Comment fait il froid en Antarctique ?

Il s’agit surement de la question qui revient le plus souvent après un voyage dans ses latitudes.

Les prévisions locales annoncent régulièrement entre -15°C et -20°C. En cette période de l’année, le jour est permanent. Les jours de beau temps nous profitons de longues périodes ensoleillées qui, combinées a un air très sec, rendent l’atmosphère bien supportable. Le petit bémol étant le vent. Ce catabatique qui souffle depuis le pôle vers la côte est par définition toujours dans le même sens. Régulièrement annoncé et mesuré entre 20 et 60 km/h, l’ambiance devient glaciale et peu agréable. Le choix des courses, avec le soleil dans le dos et en face nord (protégés du vent) devient alors primordial.

Quand le terrain de jeu est si vaste et si ouvert, comment choisir et par où commencer ?

 

Depuis ses origines, cette expédition est placée sous le signe de la chance et de la réussite. Nous sommes donc a peine surpris d’avoir un vent nul au camp de base pour les 2 premiers jours ! Nous décidons quand même d’en profiter à fond et nous partons avec Seb Moatti, des le premier matin, vers notre vrai gros objectif d’expédition. Le Mont Tidd avec ses 2244m est le plus haut sommet des Pirrit hills et dans sa face nord une étroite goulotte de glace se faufile entre de beaux piliers rocheux. De loin la ligne saute aux yeux. De près c’est encore plus beau !

Quel plaisir, quel bonheur de déchiffrer le terrain. Nous passons au plus évident et nous avons l’agréable surprise de trouver de la belle glace bleue sous la neige. L’escalade n’est jamais extrême et se protège bien. Cela reste intéressant et pas vraiment débonnaire, notamment dans les 2 dernières longueurs de mixte que nous coterons M4. 

Après 800m d’enchantement nous débouchons au sommet. Le vent est inexistant et l’ambiance loin d’être glaciale. Nous laissons l’esprit vagabonder en contemplant cette immensité blanche qui nous englobe.

 

 

Sébastien Moatti et Antoine Bletton au sommet du Mont Tidd

Un petit coup de radio pour Jean Yves, resté au camp de base qui nous informe que la cordée « Dim-Nono-Did » vient de réussir le Pilier des tafonis sur le mont Turcotte (1950m). Ils réalisent donc la première ascension de ce sommet encore vierge, par un itinéraire incroyable sur un rocher exceptionnellement sculpté par les vents australs. Les superlatifs nous manquent pour résumer cette journée hors normes.

 

 

Didier Jourdain et Dimitri Munoz réalisent la première ascension du Mont Turcotte avec Arnaud Bayol

La descente est longue et nous rejoignons d’abord un col en face nord. Puis par une belle pente de neige raide suivie d’une immense vitre de glace bleue horizontale nous rejoignons la banquise.

Des le lendemain, nous remontons par cet itinéraire avec les ski sur le sacs. Jean Yves s’est joint à nous et immortalise l’endroit avec ses photos quatre étoiles. Les 3  autres compères ont décidés de répéter « notre » goulotte  déjà baptisé « Coming in from the cold » comme cette belle chanson intemporelle. Nous nous retrouvons tous les 6 au sommet avec une joie difficilement mesurable autrement que par la largeur de nos sourires. Avec l’ami Moatti nous passons sastrugi et pentes raides glacées, réalisant par l’occasion la première descente à skis de ce sommet qui nous électrise.

Les jours suivants sont occupés à grimper les couloirs et goulottes autour du camp de base et à s’entrainer à notre nouvelle activité : le Kiteski ou «  ski aérotracté » comme dirait nono, défenseur de la langue française.

Le massif étant vierge, chaque sortie de la tente en direction de ces piliers, goulottes ou couloirs donne naissance à une première. Un vrai rêve d’alpiniste explorateur.

Comment conclure une expédition en Antarctique ?

Après une quinzaine de jours sur place, le vent permanent et les lyophs commencent à nous gaver légèrement. Ca tombe bien, car c’est déjà l’heure de rentrer.

Didier, Moatt, Nono et Dim laissent les vents d’antarctique gonfler leurs voiles de kite. Ils rejoignent, pulkas aux fesses, le camp de union Glacier, en un jour et demi. Jean-Yves et moi démontons le camp de base en attendant le Twin Otter qui nous ramène vers un brin de civilisation.

Il ne nous reste que 4 vols en avion pour regagner notre camp de base préféré dans la vallée de Chamonix.

Il paraît qu’une partie de nous reste ancrée dans chaque endroit du monde que nous visitons. Plus le voyage est fort, plus il est dur de revenir à notre réalité.

Ces moments aux confins du monde resterons longtemps gravés dans nos têtes.

La nature sauvage, où le vivant n’est que de passage serait t’elle le vrai prétexte au plus beau des voyages ? Celui qui se déroule à l’intérieur.

 

 

 

 

Le pilier des Tafonis sur le Mont Turcotte

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